Démocratie, Pays Autoritaires et Croissance Economique

Démocratie, Pays Autoritaires et Croissance Economique.

Pouvoir du peuple, système politique, régime politique, suffrage universel, autant de qualificatif qui définit la démocratie. Il est pourtant primordial de circonscrire cette définition à défaut d’élaborer un concept global de ce qu’est réellement la démocratie. La démocratie peut se concevoir de deux manières : en temps que procédure et en temps qu’institution. La démocratie procédurale est l’acception commune d’un régime politique basé sur l’existence d’élection libre afin d’assurer l’alternance du pouvoir politique. Divers instruments concourent à valider cette notion formelle de la démocratie : transparence des élections, existence de pouvoir élu (exécutif et législatif) et contrôle de ce pouvoir (juridique). Actuellement, il est admis que la démocratie, sous sa forme instrumentale se décline à travers d’autres variables : la liberté politique et économique, le droit de propriété, le droit contractuel et l’état de droit (1). Il est à préciser que ces variables ont fait l’objet d’une quantification élaborée permettant d’établir le niveau démocratique d’un pays par rapport à un autre. A partir de là il a été possible de lier la démocratie à d’autres variables telles la croissance économique, la globalisation, l’inégalité, le capital humain. Dans cette idée de la démocratie, ce qui importe c’est la possibilité d’appréhender le concept même suivant des définitions précises et mesurables. Cette manière de voir est d’une importance capitale et constitue une avancée importante de la science politique et de la science économique. Car elle a permis d’approfondir davantage la situation empirique d’un pays et d’assigner des objectifs quantifiables quant à la quête de la démocratie. Ce qui a permis d’asseoir la prédominance de la démocratie minimaliste dans les travaux scientifiques et l’instauration des régimes politiques (2). Cette force explicative de la démocratie ne doit pourtant pas masquer l’essence même de la notion d’un pays démocratique. Le concept de la démocratie institutionnelle constitue le socle de la réalité et de l’effectivité d’une nation démocratique. Il fonde sa nature dans ce qui est communément appelé la culture démocratique, vu à bien des égards comme un bien de luxe dans certaines communautés nationales.

L’instauration d’une démocratie institutionnelle tient plus à une volonté politique que d’une fixation de prix relative à la préférence des citoyens. La démocratie, dans ce sens, est la résultante d’une prise de conscience individuelle citoyenne d’exercice effective d’une liberté politique, sociale et économique fondée sur la responsabilité et la capacité. La démocratie procédurale insiste sur l’existence d’instrument assurant le choix individuel, la démocratie institutionnelle affirme le choix d’un cadre collectif et instaure l’environnement adéquat garantissant la réalisation de ce choix. En terme pragmatique, la démocratie culturelle assure l’efficience d’un espace public où les débats de sociétés existent, où l’équilibre des pouvoirs est réel, où l’Etat est un régulateur garant de l’intérêt national et du bien-être social. Ces critères demeurent subjectifs mais elle repose sur deux concepts fondamentaux : l’exercice de la liberté individuelle et la volonté politique des gouvernants. L’espace public peut être instauré par l’émergence d’un quatrième pouvoir actif (pluralité des mass média à large auditoire et accès affirmé des opinions), l’équilibre des pouvoirs sera assuré par la capacité des citoyens à contrôler réellement les institutions ( multiplicité des recours possibles et accès garanti aux institutions étatiques), la responsabilité de l’Etat régulateur est obtenu par l’exigence de renforcement du capital humain. Le rôle de l’élite politico-économiques est à ce titre primordial.

Depuis les années 90, plusieurs travaux scientifiques tentent de lier la croissance économique et la démocratie. Ces recherches demeurent la plupart du temps des études empiriques utilisant des méthodes économétriques. Les résultats concluent en un lien équivoque suivant les données des pays considérés. L’un des travaux fondateurs est celui de Robert Barro stipulant une relation en U : la démocratie serait favorable à la croissance économique à partir d’un certain seuil (3). Ce qui confirme la nécessité d’un niveau de croissance pour que la démocratie puisse être effective. Postulat qui a été corroboré par la suite par d’autres études stipulant une relation inverse ou négligeable entre la croissance et la démocratie (4). Empiriquement des exemples de pays autoritaires ayant une forte croissance a servi de modèle pour appuyer cette thèse. Il est établi que la Corée du Sud de par sa politique d’ « export-led growth », caractérisé par une multitude de conglomérats acteurs principaux de son économie de marché, est une référence du genre. La problématique a pourtant été l’existence d’une forte pression corporatiste et syndicaliste, à travers des mouvements de contestations répétitives, qui a conduit à une alternance démocratique de fait. Certes la croissance de la Corée a été soutenue pendant la période autoritaire mais elle n’a pu être pérenne que par le biais d’une orientation démocratique du pays. L’autre exemple est la Chili, l’histoire démontre pourtant que le cycle de croissance s’est renforcé qu’à partir de l’instauration d’institution démocratique avalisée par la classe politique chilienne (5). Ces « modèles » appartiennent à une époque révolue dont la compréhension réelle n’a été démontrée qu’à posteriori. Les périodes de croissance accélérée ne précèdent certes pas à des réformes radicales : elles demeurent des trajectoires particulières propres à chaque pays. La compréhension du mécanisme de la croissance économique est instructive à bien des égards pour établir un modèle de développement adéquat. Capital, travail et progrès technique sont les variables clés de la littérature théorique de la croissance. L’orientation actuelle des recherches va vers une appréhension empirique, pratique de la théorie de la croissance, d’où le foisonnement des travaux confirmant le lien entre croissance et démocratie. Les travaux récents réaffirment le lien à long terme entre croissance économique et démocratie (6). Celui-ci est vue sous l’angle institutionnel par l’importance des libertés politiques, les droits de propriétés et les droits contractuels. Ces variables étant définis comme des véritables « institutions » à part entière régulant l’économie de marché et la vie sociale. Cette approche de la croissance établit une corrélation significative avec les institutions démocratiques procédurales. La découverte majeure de ces travaux est la nécessité d’une démocratie pour une croissance à long terme, établissant par exemple que les démocraties procurent des salaires plus élevés. Ce qui peut être un préalable à la capacité d’épargner et de constitution d’un capital nécessaire à la croissance, bref une conciliation avec la théorie. Le paradigme majeur est l’instauration de la démocratie comme une « méta-institution » incontournable nécessaire à une croissance économique pérenne (7).

Dans une approche réaliste de la question ; l’environnement démocratique et la qualité des institutions démocratiques peuvent contribuer à garantir d’une part la capacité des individus à créer son activité par sa liberté de choix et d’autre part à permettre un échange mutuellement positif par l’existence d’un cadre de droit contractuel et de droit de propriété. La croissance économique est appréhendée comme la résultante d’un ensemble de variables à instaurer qui relève d’un système où des règles formelles et non formelles coexistent. En revenant sur les fondamentaux de la croissance, le capital ne peut se former que par l’existence d’institutions incitatives. A partir du moment où l’individu est assuré que le fruit de son travail en l’occurrence son revenu lui appartienne (droit de propriété) et que son usage et sa transmission peut être garanti (droit contractuel et Etat de droit), il sera incité à mobiliser davantage son capital. De là résulte une capacité à l’épargne et à l’investissement, variables nécessaires à la croissance économique.

Ratrimoarivony Ndriantiana

(1) KEEFER, P. & KNACK, S. (1997). « Why Don’t Poor Countries Catch Up? A Cross-National Test of Institutional Explanation,»
Economic Inquiry, Oxford University Press, vol. 35(3), pages 590-602, July.
(2) SHAPIRO I. (2003) « The State of Democratic Theory », Princeton University Press
(3) BARRO R.(1991) “Economic Growth in a Cross-section of Countries”, Quarterly Journal of Economics, Vol 106, n°2, pp407-43
(4) HELLIWELL J. F. (1994) “Empirical Linkages between Democracy and Economic Growth” NBER Working Paper No. w4066
(5) RENI L.(2000) « Chili, L’impact des réformes institutionnelles et des contrôles des flux de capitaux de 1973 à 1998 : Une approche
institutionnaliste » Thèse de Sciences Economiques, sous la direction de J.M. SIROEN, Université Paris IX Dauphine.
(6) RIGOBON R. , RODRIK D. (2004) « Rule of Law, Democracy, Openness and Income: Estimating the Interrelationships » Economics of
Transition, 13 (3), p. 533-564.
(7) RODRIK D. (2000) “Institutions for High-Quality Growth: What They are and How to Acquire Them”, NBER Working Paper N° 7540