LA PLANCHE A BILLETS : MIRROIR AUX ALLOUETTES

 Et si la comptabilité publique devient transparente, à l’instar du DG du Trésor Public qui affirme le gap de trésorerie au niveau du budget de l’Etat. Le déséquilibre est flagrant, peut-on demeurer dans une situation aussi précaire pour gérer l’avenir économique du pays ?

Dans un contexte de crise budgétaire, la tentation est toujours grande pour les gouvernements de financer leur déficit par l’émission de nouvelles créances généralement sous forme d’Obligations (bonds). Le Trésor public Malgache ne fait pas exception, les déficits budgétaires des gouvernants successifs ont été financés localement soit par des émissions de Bons de Trésor par Adjudication (BTA), souscrits majoritairement par le secteur bancaire, soit par des avances (de fonds) statutaires de la Banque Centrale, les Obligations n’existant pas encore à Madagascar. Mais, ce mode de financement  implique une création monétaire communément appelée « planche à billet » laquelle va engendrer à la fin une inflation. C’est ce processus économique complexe, assez difficile à comprendre qu’on va tenter d’expliquer de la manière la plus simple possible en partant de la définition d’une monnaie, de la détermination de sa valeur, des causes de la création de monnaies et enfin des conséquences d’une création monétaire.

 Sur le plan juridique, on peut définir la monnaie comme tout moyen de paiement qui permet de régler sans délai et définitivement une dette ou un achat. La valeur d’une monnaie a fait l’objet de très nombreuses recherches de la part des économistes depuis le XIXe siècle. Le point essentiel à cet égard a été de s’interroger sur ce qui détermine la « valeur » de la monnaie. Ainsi, les pouvoirs publics ont pendant très longtemps essayé de fixer la « valeur » de la monnaie notamment par référence à un poids de métal précieux, par exemple l’or, mais ceci ne constitue pas réellement une définition de la valeur de la monnaie puisque la valeur du métal lui-même peut varier selon la loi de l’offre et de la demande (notamment en raison de la découverte de nouvelles mines ou de procédés d’extraction plus efficaces). En réalité, à l’heure actuelle, quelle que soit sa définition « officielle », une unité monétaire (dollar, euro, yen, ariary,…) n’a pas de «valeur » intrinsèque car la valeur de la monnaie s’exprime par son pouvoir d’achat, c’est-à-dire par la faculté qu’elle offre à ses détenteurs d’acquérir une certaine quantité de marchandises ou de services en échange d’un certain nombre d’unités monétaires.

       Une première théorie a alors été émise qu’on appelle la théorie quantitative de la monnaie : elle prétend démontrer que la quantité de monnaie en circulation (la masse monétaire) exerce une influence dominante sur le niveau de prix sans influencer le volume de la production ou des transactions. Autrement dit, la variation de la quantité de monnaie en circulation a une plus grande influence sur le prix que sur la quantité (de marchandises) produite. A signaler toutefois que comme toute théorie, elle est discutable et celle-ci a été remise en cause par les Keynésiens.

 Ainsi, d’après cette théorie, le volume de la circulation monétaire détermine le niveau général des prix. Si ce volume augmente pour une même quantité de production, les prix s’élèvent, donc le pouvoir d’achat de la monnaie diminue (inflation). Par contre, si ce volume se contracte, les prix baissent donc le pouvoir d’achat de la monnaie se retrouve renforcé (déflation). Si l’on veut illustrer cette théorie, on peut faire appel à une image. Comparons la monnaie à une sorte de « bon » donnant droit à une part de gâteaux. Si le volume des « bons » augmente, sans que le nombre de part de gâteaux le soit, il s’ensuivra nécessairement, nous dit la théorie quantitative que chaque bon permettra d’acheter une quantité moindre qu’auparavant, ce qui se traduira par une dévalorisation de ces bons.

 L’augmentation du volume de bons peut ici être assimilée à une création supplémentaire de monnaies. Quelles sont alors les opérations qui, dans la vie économique, occasionnent cette création monétaire. En terme économique, nous dirons : quelle est la « contrepartie » de cette création de monnaie. En tout état de cause, on distingue trois grandes contreparties de la monnaie en circulation mais celle qui nous intéresse le plus est le cas des crédits consentis au Trésor public puisqu’il y a ici remise pure et simple de pouvoir d’achat nouveau à l’Etat contre créance sur celui-ci (cf. définition de la monnaie  supra). Ainsi, Le Trésor Public, pour financer son déficit peut émettre de nouvelles créances, mais tout recours au financement par le secteur bancaire est créateur de monnaie et est inflationniste selon la théorie qui vient d’être démontrée.

 D’une manière plus directe, toute dépense supplémentaire du Trésor qui augmenterait le déficit public et financé par le secteur bancaire entraîne une création  de monnaie qui engendrera à son tour une inflation. Généralement, les dépenses telles les augmentations de salaires, les indemnités et autres avantages exorbitants exigé par les dignitaires de l’Etat passé, actuels ou futurs entrent dans cette catégorie. Elles ne bénéficient qu’à une infime minorité mais l’inflation qu’elles vont générer impactera sur le pouvoir d’achat de toute la population. A cet effet, une autre théorie économique démontre que l’inflation a un impact plus profond sur les non détenteurs d’actif réels, c’est-à-dire la majorité des malgaches.

 La planche à billets n’est qu’un leurre, les gains immédiats ne sont qu’éphémères et seront rapidement annihilés par l’inflation laquelle sera désastreuse surtout pour les couches les plus défavorisées.

 Est-ce que les inquiétudes sur la réalité de la production de la masse monétaire  sont fondées ? Comment a donc été financé ce déficit de trésorerie au niveau de la comptabilité publique ? La maîtrise des fondamentaux macroéconomiques est le signe d’une bonne gouvernance.  Les opérateurs économiques veulent être rassurés sur la perspective d’un environnement  économique prévisible. Le Trésor Public a donné son son de cloche, l’opinion publique réclame un autre tocsin….sauf encore miroir aux alouettes.

 LaRédaction

 

2 thoughts on “LA PLANCHE A BILLETS : MIRROIR AUX ALLOUETTES

  1. Bon articleBon artcile, bien documenté et ne parlant que de faits. Pas de commentaire particulier

  2. C’est un article très interéssant. Un grand merci à celui qui l’a écrit (qui ?)
    Avoir recours à la “planche à billets” est non seulement nuisible à terme, mais n’oublions pas que la “fabrication” des billets a également un coût assez conséquent.
    Quoiqu’il en soit, j’ai l’impression que l’Etat (avant aussi d’ailleurs) n’en a cure de cette vérité, ou pire encore, ignore cet aspect macro-économico-financière.
    Aussi, la “bonne gouvernance” apparaît aujourd’hui à l’égard de nos soi-disants “gouvernants” comme un terme “bizarre” …
    Dans tous les cas, perseverons, continuons à avoir ce courage et bonne volonté à “améliorer” les choses pour que notre Pays retrouve sa Dignité, pour que nos compatritotes puissent manger à leurs faims et s’épanouir entre “la mondialisation” et “les Valeurs Malagasy”.
    Longue vie à voxnovi.com

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