Entrevue avec Omer Jean BERIZIKY

1-Et si nous faisons un bilan d’une année passée à Mahazoarivo ?

Mitigée. La première mission du gouvernement c’est de mettre en œuvre la Feuille de Route, dont l’objectif majeur  est l’apaisement avant de tenir toutes les élections.

Bon, la mise en œuvre de la Feuille de Route n’a pas été globalement faite. Il ne s’agit pas seulement d’ériger les Institutions, mais de concrétiser les missions qui leurs sont dévolues. Ce processus demande à tous les acteurs la volonté de vouloir avancer, d’abnégation, de pardon, de l’amour de la patrie et de se focaliser sur l’intérêt supérieur de la nation et l’intérêt général.

L’  apaisement aussi, est encore à réaliser.

L’apaisement n’est pas « OUBLI » c’est une mémoire à inscrire dans  notre « HISTOIRE », une histoire qui doit être notre mémoire collective gravée dans notre conscience, que ces faits qui divisaient dans le passé ne puissent plus nous séparer dans l’avenir et que désormais, l’objectif principal soit d’œuvrer pour « la réconciliation » et le « vivre ensemble » pour développer Madagascar solidairement.

C’est l’ultime étape exigée par la Feuille de Route et la Communauté Internationale avant de tenir les élections suivant les dates fixées par la CENIT et les Nations Unies.

2- L’opinion publique a une attente légitime de cette transition. Les unes pensent que vous hésitez, les autres estiment qu’on vous bloque. Qu’en est-il réellement ?

On ne peut pas ignorer ces arguments formulés contre ce que les uns pouvaient appeler « crise juste » ni d’échapper à affirmer la fragilité de l’assimilation et de l’application de ce que les autres appelaient « Feuille de Route juste » dans leurs valeurs respectives. Mais pour nous,  peuple Malagasy,  par notre sagesse,  notre héritage,  la Réconciliation doit revenir d’abord aux Ray aman-dreny,  c’est un rempart par notre culture,  elle n’exclut pas, c’est l’affaire de tous et à tous les niveaux de la société et de tous les acteurs sociaux et politiques.

Ce n’est pas l’affaire seule du gouvernement donc,  et  dans notre boîte à outils,  il y a autre chose que le marteau même en ce temps de crises.

Cette réconciliation ne doit pas aussi écarter le domaine économique pour apporter la solution d’un développement harmonieux aux  problèmes d’un peuple immensément pauvre dans un pays immensément riche et pour que toutes les régions de Madagascar puissent prospérer et progresser ensemble par l’équilibre dans le développement et par une vision de décentralisation honnête. La plus grande richesse, c’est pouvoir emboîter le pas ensemble, l’unité dans la diversité culturelle, sociologique, linguistique qui constitue le ciment et le fondement de la Nation.

Cette démarche est malgacho-malgache, et fort soutenue par la Communauté Internationale.

Le FFKM  est un Ray aman-dreny ; et partout dans le monde démocratique, la Société civile est un ressort pour la dynamique de la Démocratie, et pourquoi pas pour la Réconciliation.

Le gouvernement attend la mise en place transparente et impartiale du FFM (Conseil National de Réconciliation).

Vous vous êtes déjà déclaré non candidat aux élections présidentielles. Le peuple Malagasy et la Communauté Internationale compte sur vous pour la tenue de ces élections :

3- Certains doutent déjà du logiciel SIGEM utilisé par le CENIT, le qualifiant de piratable ?

Je pense que la CENIT est assez armée pour de telles éventualités, et la CENIT avec l’aide de la Communauté Internationale a pris les mesures idoines pour se parer à des esprits velléitaires qui pourraient vouloir s’aventurer à falsifier le choix du peuple.

4- La neutralité du média public n’est jamais acquise, et certains le qualifient vraiment de chaîne privée du régime de la Transition ?

Ces personnes n’ont pas tout à fait tort au vu de ce qui se passe aujourd’hui.

Faisons référence à Abraham LINCOLN qui disait : «  Ceux qui dénient la liberté aux autres ne la méritent pas pour eux-mêmes. »

La caricature est une forme de communication mais ne doit jamais être utilisée pour insulter gratuitement les personnes que l’on haït pour une raison ou une autre. Elle doit respecter les règlements comme les autres supports de communication.

Il y a lieu pour le Ministre de la Communication d’ouvrir les chaines publiques à tous dans un souci d’équilibre, d’équité sans parti pris en faisant respecter la déontologie et le Droit à l’information.

Le Ministre de la Communication  doit trouver tous les moyens juridiques à sa disposition pour rouvrir les stations qui le méritent et ne pas se refugier derrière les législations qui ne sont respectées qu’indifféremment par les organes de presse,  selon l’humeur et la bienveillance du Ministère.

Le travail de journalisme est sacré car il s’agit d’informer et d’éduquer le peuple.

5- La révision du code électoral est toujours en suspens ?

Le code électoral n’est pas l’affaire du Gouvernement,  la CENIT est une commission indépendante. Si elle trouve qu’il faut réviser, elle a le droit et le devoir de le faire dans l’esprit de la Feuille de Route qui préconise une élection libre, transparente, juste, crédible ; dont les résultats seront acceptés par tous pour que les soupçons de fraudes ou de manipulations soient définitivement écartés. Il faut que la CENIT travaille toujours et en tout lieu de concert avec la Communauté Internationale en l’occurrence les Nations Unies. Si elle a besoin de l’aide du Gouvernement, celui-ci se tient à sa disposition dans le respect de la neutralité qui doit être la sienne en pareil cas.

6- Quels règlements régissent la précampagne à votre avis ?

Normalement, il ne devrait pas y avoir de précampagne dans une Transition, et il n’est pas acceptable que l’on profite des réalisations faites avec l’argent du peuple et parfois de manières peu transparentes pour abuser encore davantage de son innocence. J’  espère que l’électeur dans l’urne, saura faire le bon choix pour que sa bonne foi ne  sera  plus déçue.

L’initiation des citoyens à la Démocratie s’impose pour instaurer un Etat de Droit.

7- Dans les coulisses, on parle déjà de votre soutien à un candidat, qu’en est-il vraiment ?

Je n’ai aucun candidat à soutenir. En tant que Premier Ministre de la Transition, je ne pourrai pas me permettre de soutenir un ou des candidats. Cependant en tant que citoyen responsable et jouissant de tous mes droits, je pourrai avoir plus d’affinités, de confiance à l’un ou l’autre des candidats qui  se prononceront. Mais je voudrais souligner que mon choix se fera au vu des programmes de Gouvernement et des projets de sociétés qu’ils présenteront.

8- Est-ce que les mesures de sécurisations des élections sont bien élaborées et budgétisées ?

Les  mesures de sécurisations seront discutées tout au long du processus, et le Gouvernement est prêt à mettre en œuvre tous ses moyens techniques, financiers et humains pour y parvenir. Dans la loi de finance 2013, on a réservé une rubrique importante à cet effet. Et la signature du PACEM en est déjà la preuve.

9- Que pensez-vous de la déclaration de l’ancien président Monsieur Ravalomanana sur sa non participation aux élections ?

C’est pour moi une décision sage et courageuse qui constitue un grand pas vers l’appaisement politique. Mais il faut que son exemple soit suivi par d’autres.

10- Quel défi oseriez-vous lancer  en ce qui concerne l’organisation de ces élections et de la proclamation des résultats ?

Les élections ne sont pas une organisation de bataille pour les candidats et leurs partisans dont le peuple en sera la victime mais une organisation démocratique visant  la tenue de débats de fonds, débats très élevés d’idées, de projets et de programmes à soumettre au choix du peuple pour déterminer son avenir.

J’ai foi en la sagesse du Malagasy, et je suis foncièrement convaincu que le travail qu’effectue la CENIT avec  la Communauté Internationale, qui a l’expertise en la matière, devra nous conduire sans faillir aux élections prévues par le calendrier établi ensemble.

Chaque responsable d’Institutions de la Transition devrait s’y atteler et mettre de côté les ambitions personnelles pour l’intérêt général.

En ce qui me concerne,  moi personnellement,  je m’engage à utiliser tout ce qui est en mon pouvoir pour parvenir à ce noble objectif : la tenue des élections justes et crédibles.

11-Le dernier mot ?

Je vous remercie d’avoir pris l’initiative de créer ce tremplin de la Démocratie en ligne, c’est important parce que grâce à des efforts  pareils,  les vrais discours fondateurs auront des ailes, s’échangeront,  et feront l’opinion du futur.

Je ne suis pas dans Facebook pour  le moment,  je ne veux pas prétendre y avoir une présence qui ne soit pas réelle.

En revanche, je souhaiterais utiliser les réseaux sociaux pour atteindre les futurs leaders Malagasy et les jeunes.

Lors d’une de mes tournées dans le fond de la brousse,  des élèves criaient le mot «  Démocratie » à la sortie de l’école me racontait un journaliste, ils ne voteront pas encore en 2013 mais c’est un message d’espoir que ça représente et qui résonne dans Madagascar.

Je veux aller vers les jeunes pour leur montrer combien la Démocratie a des points communs avec eux et notre culture.

Pour conclure,  seule la Réconciliation pourra nous délivrer du fardeau de l’incommunicabilité,  de nous regarder  et nous identifier fièrement à notre histoire.

Pour tourner cette page sombre,

Je lance un appel à tous les Malagasy pour un « Pacte de Paix », faire de son mieux pour forger l’Unité Nationale, de se focaliser et s’engager au développement de la Nation.

Par l’équipe Voxnovi

7 thoughts on “Entrevue avec Omer Jean BERIZIKY

  1. Dans certains passages on dénote quelques hésitations qui font tranparaître le profil d’un diplomate qui veut toujours arrondir les angles mais attention! il est le chef de l’administration et de la sécurité intérieur.Monsieur Beriziky doit taper sur la table quand il faut.Cas par exemple sur cette histoire de vberouillage des chaînes audiovisuelles publiques par son Ministre.
    Par contre, c’est un grand Monsieur qui m’inspire confiance car derrière cet air timide et discours de diplomate, il y a un vrai profil d’un homme.Son absence dans ces folklores de cérémonie en dit beaucoup.

    • C’est un grand Homme.
      Ce qui est regrettable, c’est qu’ON ne lui donne pas assez de latitude pour oeuvrer dans le bon sens…

  2. Vraiment cool le P.M Omer BERIZIKY. Il attaque mais met des gants. Il explique des réalités en donnant des exemples. Malheureusement il n’y a pas de plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et c’est dommage, surtout pour le petit peuple.

  3. Pingback: L’essence de la candidature de Jean Omer Beriziky « JEAN OMER BERIZIKY (blog d'un observateur)

  4. Pingback: Jean Omer Beriziky: Interview dans Voxnovi « JEAN OMER BERIZIKY (blog d'un observateur)

  5. Très bon interview!! Cependant, je reste un peu sur ma faim au vu de l’absence de question sur l’armée et la position du PM concernant les évènements actuels dans le Sud

  6. Bravo pour la courageuse initiative de Voxnovi , qui doit exclure la langue de bois: l’intelligence continuera de circuler … la seule qui ne connait pas de crise.
    L’ouverture des medias publiques …? Le glas du temps des rêves a sonné…c’est le lobbying , la pression des espaces publiques pluriels à multiplier, à renforcer et à réseauter qui fera bouger les lignes. Cet interview” frondeur”- et donc courageux- du PM n’est il pas à décrypter comme un appel du pied dans ce sens? Notre( celle des blogueurs) apathie politique reste à interroger ….

    Mankasitraka , même si de nombreuses zones d’ombre persistent..

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