Le Syndrome des poches vides

A l’approche du bilan annuel, nous constatons que les indicateurs macroéconomiques virent au rouge et que le pays devient de plus en plus inégalitaire notamment sur les conditions de vie et sur le revenu.

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Les derniers rapports du PNUD nous révèlent que l’IDH, qui a été à un niveau critique depuis des décennies, est sur une tendance baissière depuis 2010. L’indice perd 10 points à 0,480, mais elle est de 0,332 en prenant en compte les inégalités dans l’espérance de vie à la naissance (25,6% de perte), dans l’éducation (30,1%), et pour le revenu (36,1%), classant le pays parmi les plus inégalitaires. Pire, 68% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté (gagnant 1,25$ par jour), dont 35% sont dans une pauvreté sévère et 18% sont vulnérables.

Tenant compte de la croissance démographique, le dernier rapport de la Banque Mondiale avance que près de 4 millions de personnes seraient descendus sous le seuil de la pauvreté depuis 2008, et 500.000 enfants de plus sont non scolarisés, plaçant Madagascar parmi les pays ayant les taux de pauvreté les plus élevés dans le monde.

Au-delà de ces chiffres la situation des inégalités à Madagascar demeure problématique à plusieurs niveaux. Notons, à titre d’illustration, que les revenus des ménages agricoles sont deux fois moins élevés que ceux des ménages non agricoles. Cette dualité est accentuée si nous regardons de près les revenus sur la répartition globale de la population : les 10% plus riches gagnent 9.5 fois plus que les 10% les plus pauvres.

En examinant le niveau d’éducation, le nombre moyen d’années d’études est évalué à 6.3 années sur toute la population et seulement 45 % de la population atteint le niveau primaire. Pour terminer, la mobilité professionnelle intergénérationnelle demeure dramatiquement figée : près de 81% des enfants d’agriculteurs deviennent des agriculteurs avec un niveau de revenu en baisse à termes. Face à ces constats, deux points méritent d’être soulignés par rapport aux impacts sur la croissance économique : – Les inégalités contribuent à l’instabilité sociale et politique. Les disparités de situations économiques minent l’instauration de réformes propices à la stabilisation macroéconomique et pénalise l’accumulation de capital social et humain. – Les inégalités ont des conséquences néfastes sur la politique budgétaire et fiscale. L’imposition des revenus est concentrée sur la frange riche de la population, favorisant ainsi un déséquilibre et un risque d’accaparement de pouvoir par une élite . Cette dernière n’aura aucun intérêt à une redistribution des richesses du pays.

Sur près de 240 000 entreprises à Madagascar, 0.8 % (les grandes entreprises) décaissent 80% des impôts encaissés par l’Etat. La pression économique et politique sur ces acteurs économiques a donné naissance au Syndrome des Poches Vides. Ces symptômes minent la reprise de la croissance économique : absence de confiance en l’Etat, dominance de l’informel, cercle vicieux de la corruption, opportunisme destructif, concurrence déloyale, insuffisance de perspectives. La maladie est réelle : l’illusion de la pauvreté des ressources et du capital (social, humain, financier). Et, elle s’étend à toutes les couches de la population, pour atteindre les élites sensées diriger le pays dans leurs domaines respectifs. Les entreprises sont pourtant les fournisseurs d’emplois et les régulateurs de pouvoir d’achat : elles n’ont pas vocation à être des laboratoires d’expérimentation renforçant les inégalités…

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La fatalité économique est un mode de pensée annihilant justifiant sa raison d’être par l’existence d’inégalités exacerbées. Sommes nous réellement désarmés face aux inégalités ? La croissance seule ne suffit pas pour réduire les inégalités, l’existence d’institutions de redistribution est nécessaire, la répartition des dotations initiales requise. Il s’agit là d’instaurer des systèmes visant l’égalité des chances et bien plus : renforcer les capacités de chacun. La démocratie effective demeure une institution permettant d’atteindre ces objectifs…

Au vu des enjeux actuels de la sortie de crise, on se rend bien compte de la complexité d’un processus de décollage économique, et à ce rythme, on avance lentement et sûrement vers le pourrissement total de notre société. Devant ces inégalités, la population sommeille dans l’impuissance, somnole dans sa faim, et respire la pollution. Ce souffre que les malagasy inhalent actuellement risque de réserver un réveil violent. Si l’instauration immédiate d’une démocratie effective serait la solution pour le bien-être malagasy dans les futurs proches, chers politiciens vous engagerez vous dans vos responsabilités ?

Nous laisserons au peuple, atteint du syndrome des poches vides, le soin d’en juger…

La rédaction

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