Démission pour tous

Démission pour tous. Un processus, qui devait s’arrêter net, continue comme si de rien n’était. La Feuille de route avait été adoptée dans la précipitation et sans les conditions réunies aux accords de Maputo. Personne n’avait fait remarquer que cette Feuille de route intervenait après qu’un des signataires de Maputo ait renié purement et simplement ce qu’il avait fait l’erreur d’acquiescer en l’absence de ses faucons restés au pays. Une fois défini le nombre pléthorique des membres du Congrès et du Conseil Supérieur, après que les sièges et strapontins eurent été distribués, deux années s’écoulèrent sans aucune avancée sur le cas du retour de Marc Ravalomanana à Madagascar (article 20 Feuille de route) ; ces mêmes deux années furent nécessaires pour que vit enfin le jour le « FFM » alors que la réconciliation devait être un processus (25 FdR) et non une opération miraculeuse de la pentecôte ; en deux ans, l’autre dossier des « libertés fondamentales notamment la liberté d’expression, d’opinion, d’association et de manifestation ainsi que la liberté de la presse » (17 FdR) n’a pas reçu une solution satisfaisante tandis que se perpétue la pensée unique du régime de fait dans les médias publics.

Un article méconnu de la Feuille de route, le 21, évoque un « Code d’éthique et de bonne conduite politique », à ne pas confondre avec le « Code d’éthique et de bonne conduite électorale » (10 FdR). Une « bonne conduite politique », donc bien en amont des préparatifs électoraux, qu’est-ce donc ? C’est certainement tout sauf voir la Cour électorale spéciale reconnaître candidement le dépôt de 49 dossiers de candidature, mais en étudier 50 comme si de rien n’était. La communauté internationale s’étrangla d’indignation, mais n’en continua pas moins d’encourager tout le monde à fermer les yeux avec elle. Une première entorse en appellera d’autres et il faudra donc aux Malgaches s’en accommoder pour ne pas contrarier une organisation technique qui a déjà englouti plusieurs millions d’euros généreusement accordés par les partenaires étrangers.

Pourquoi certains candidats avaient démissionné dès vendredi et pourquoi d’autres ne l’ont-ils fait que le lundi ? Que pourra bien faire la CES contre les candidats qui ne voudraient purement et simplement pas démissionner ? En appeler à une journée de prières et de jeûne avant de jeter un sort ?

La communauté internationale s’obstine contre tout bon sens. En quatre ans d’une crise, qui dure justement parce qu’on n’a jamais abordé les problèmes de fond (pourquoi 1895, pourquoi 1946, pourquoi 1947, pourquoi 1972, pourquoi 1991, pourquoi 2002, pourquoi 2009), la SADC (communauté de l’Afrique australe), dont les émissaires vont et viennent sans grand résultat, refuse de se remettre en cause, quant à l’opportunité même de son intervention, quant à la pertinence de ses méthodes, quant à la qualité de ses médiateurs.

Certes, un responsable politique digne de ce nom ne pourrait cautionner ce qui s’était dit envers les représentants des Nations unies et de l’Union Européenne. Mais, l’opinion publique doit savoir qu’au début de ce mois de mai 2013, le forum initié par le FFKM (conseil des églises chrétiennes) avait accouché d’un manifeste très sévère à l’encontre de la SADC. Les Malgaches ont droit que ceux qui rendent compte à leurs gouvernements ou à leurs organisations comprennent et fassent comprendre la réalité malgache à ces mandants. La réalité, c’est celle d’une Feuille de route bafouée depuis le départ, c’est celle d’une Cour électorale spéciale qui s’est déjà fourvoyée, c’est celle de paroles données sans cesse reniées : c’est celle d’une confiance que seule le préalable d’une discussion pourra rétablir.

Tiré de L’Express de Madagascar 28.05.13

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