Que la Parole Circule

J’ai toujours cru qu’il fallait une qualification académique, aux leurs au moins égale, pour « coordonner » les travaux d’éminents professeurs (ceux qui recourent au « Nous » universitaire), de journalistes prestigieux (ceux qui retrouvent naturellement leur « Je » de leur éditorial) ou de personnalités reconnues (qui ne sauraient tout de même témoigner à la troisième personne). Ma candeur n’avait pas compté sur la confiance que m’accordèrent d’emblée tous ces « sachants » auxquels, malgré tout, en un dernier atavisme de timidité, je ne donnais que de très libérales consignes, prétextant du court délai imparti pour que chacun se sente « confortable » avec le thème imposé. La cohérence en aval est donc laissée à l’indulgence du lecteur.

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Chacun aura « joué le jeu ». Sans hésitation, sans marchandage. Preuve de l’acuité du besoin de s’exprimer. Au moins, « N.B. » (Nota Bene) aura offert cette tribune. Pour une mise en orbite, parce que nous n’avons pas tout à fait abandonné l’idée de pérenniser cette publication en périodique, il nous fallait des « signatures ». Démarche de prestige, à l’adresse de la Banque Mondiale qui finance le premier numéro de cette publication, et dont nous avions scrupule à honorer la confiance. Démarche marketing, à destination de l’audience escomptée, dont nous espérons vaincre la défiance avec l’offre d’in panel, plutôt que inodore et incolore, de toues les gammes de nuances. Démarche parfaitement assumée de privilégier, d’abord des « valeurs  sûres », en espérant que la notoriété viendra à « Nota Bene » pour lui permettre de faire plancher entre colonnes d’illustres anonymes qui n’en pensent pas moins.

« Nota Bene » ne va pas échapper au reproche d’intellectualisme. Mais, dans notre civilisation du verbe, honnêtement, qui écouterait un inconnu sans présomption de savoir ni de sagesse ? Dans un journal quotidien, une « lettre de lecteur » aurait suffit, à l’adresse du plus grand nombre. Dans les colonnes de « Nota Bene », nous voulons, à dessein, nous inscrire dans une forme très académique, universitaire pourquoi pas, scientifique en tout les cas. Avec la conscience que ce genre de publication, où les enseignants, les chercheurs, les curieux, ces « auditeurs libres » de la connaissance, pouvaient autrefois s’exprimer avec l’assurance d’un auditoire au même diapason, ont successivement disparu, emportés par la faillite économique du monde universitaire. Avec le lointain souvenir, pour ne citer que ce pionnier, de La Lettre Mensuelle de Jureco, qui avait porté en dehors des amphis la franchise universitaire qui y caractérise les contributions, les échanges, les contradictions.

L’objectivité entre noir et blanc

Peut-on rester « neutre » en situation pareille crise ? Comment ne pas s’indigner du spectacle du pillage organisé des ressources naturelles du pays ? A quelle philosophie du détachement se convertir pour ne pas s’émouvoir des signes précurseurs d’une faillite étatique et des symptômes déjà avancés d’un effondrement moral ?

Portant, nous faisons le choix d’un effort d’objectivité, moins pour aller dans le sens d’une attitude galvaudée, le consensuel et l’inclusif, que pour ne pas verser dans le fanatisme, d’un côté ou de l’autre, et nous interdire le manichéisme. Nous voudrions faire de ce choix, l’effort d’objectivité, tout le symbole du pavé mosaïque que nous mettons en frontispice de cet ouvrage : noir ET blanc.

 Que faire ?

Cet avant propos, sous le signe de l’humilité, aurait pu être une contribution collective. Nous sommes tout un groupe à avoir la volonté du perfectionnement individuel et de l’amélioration collective. La persistance de cette crise, qui ferait parler muets, comme dirait un proverbe malgache, interpelle tous ceux qui pensent pouvoir apporter quelque chose au service des autres, de la collectivité, de l’Humanité. Que faire, et comment, surtout que la situation du pays est critique ?

Notre problématique est justement le problème : « comment et pourquoi un pays riche peuplé de gens intelligents se trouve aujourd’hui au trente sixième dessous des indicateurs les plus fouillés du développement économique et humain » (Christian Chadefaux). Trente-sixième dessous que confirme le document de la Banque mondiale : « En 2010, le taux de pauvreté de 77 pour cent (ce qui représente 15,6 millions d’individus) a hissé Madagascar a rang de pays ayant le taux de pauvreté le plus élevé au monde avec Haïti, sur la base de seuils de pauvreté nationaux ». La situation des plus vulnérables empire chaque jour, comme s’alarme la Banque mondiale : « Si les dépenses totales en matière de protection sociale ont toujours été faibles à Madagascar, elles ont été dramatiquement  réduites depuis l’émergence de la crise politique actuelle, étant donné que la légère augmentation de l’aide extérieure destinée à la protection sociale a été largement contrebalancée par la réduction drastique des dépenses publiques ».

Agir selon ses moyens, agir à son niveau, agir pour ses idées. C’est ainsi que l’idée de cette publication vint. Pour ouvrir une tribune, adossée en quelque sorte à des « termes de référence » qui sont la proclamation de valeurs humaines pour qui prétend mériter la confiance de ses concitoyens ; l’exigence de principe dans les actes des « princes qui nous gouvernent » ; et le souci du dernier scrupule de l’intérêt général.

Que la parole circule. Parler maintenant ou se taire à jamais. « Comment jugera-t-on demain ce que nous faisons aujourd’hui, ce que nous disons aujourd’hui ? Comment nous jugera-t-on demain à partir de ce que nous faisons aujourd’hui, à partir de ce que nous disons aujourd’hui ? a partir aussi de ce que nous n’avons pas fait, de ce que nous n’avons pas dit, de ce que nous avons méconnu ou n’avons pas compris ? », question existentielle (Jean-Pierre Domenichini). Sortir ceux qui ont accumulé savoir et sagesse du silence du néophyte. Se murer dans un mutisme marmoréen, celui du pouce prenant ses distances avec les quatre autres doigts de la main, serait au mieux mépris, au pire lâcheté.

« Crise, culture, développement » : s ‘entendre sur les définitions

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« Vocation à la crise », écrit Gilbert Ahnee. Parce que la crise ne se limite pas à celle-ci, 2009-2012. La prévalence de symptômes crisogènes dans la société malgache remonte à avant toutes les crises contemporaines.  Que s’est-il passé, entre une monarchie hier encore sacralisée et la population qui a laissé l’envahisseur français débarquer tranquillement, remonter sans opposition le cours du Betsiboka, et finalement s’emparer après un seul coup de semonce du Rova d’Antananarivo, le 30 septembre 1895 ? Porquoi le soulèvement populaire des « Menalamba » ne commença-t-il qu’aussitôt après la capitulation du gouvernement de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony ?

Et si la crise était psychologique ? Que sait-on, finalement, du traumatisme que souffrit la population quand on lui ordonna de brûler purement et simplement les « Sampy » domestiques en qui elle s’étati toujours remise, depuis au moins six décennies (1802-1869), et l’arrivée attestée des conseillers antemoro, originaires du Sud-Est, à la cour du roi Andrianampoinimerina ? Les conversions massives (rebik’ondry) de 1869, quand toute la population s’empressa d’initier le baptême protestant de la Reine et du Premier Ministre, serait le chant du cygne de l’allégeance traditionnelle tout en portant les germes d’une « révolution culturelle » avortée.

Et si la crise plongeait ses racines dans ce référendum qui n’eut jamais lieu : « République OU Royauté ? Etat unitaire OU fédéralisme ? Régime parlementaire OU régime présidentiel ? » Le choix des assemblées provinciales, le 14 octobre 1958, de donner la forme républicaine au  futur Etat malgache, ne balayait-il pas d’un revers trop négligent de la main la nostalgie monarchiste des Menalamba ou de la population tananarivienne accourue accueillir les cendres de la dernière reine Ranavalona III, en gare de Soarano, la 10 octobre 1938 ? Cette présomption républicaine n’était-il pas déjà présomptueuse quand on sait la survivance contemporaine, et bien vivace, de la réalité dynastique, royale, monarchique, dans plusieurs sociétés malgaches ? Il est, par exemple, devenu un rituel républicain d’aller en pays antemoro, sur les bords du fleuve Maritana, demander la bénédiction des rois d’Ivato, pour quiconque ambitionne une destinée nationale.

Et si la crise était du domaine du symbole ? Le 29 mars 1947, ce gros malentendu d’un contrordre, nous dit-on jamais reçu, a néanmoins été érigé en fondement « renanesque » sinon en appel « fichtien », avec la complicité assentie de tout le monde quand l’amnistie collective se duplice en légende fictive mais romanesque (« artistique » dirait Raymond Ranjeva). Porquoi a-t-elle été vouée à la damnation memoraie (Jean-Pierre Dominicheni), cett démarche des parlementaires malgaches, Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy-Andrianavalona qui déposèrent, le 21 mars 1946, auprès de l’Assemblée Nationale française, une proposition de loi abrogeant la loi d’annexion du 6 août 1896 ? La ligne de fracture entre le MDRM (considéré comme merina) et le PADESM (qui se réclamait Côtier et Mainty) n’était-elle pas là, fondamentalement, entre les indépendantistes de la « Communauté » ? Ce clivage fera que la souveraineté ne sera officialisée, « plus imposée que négociée et jamais réclamée » (Christian de Chadefaux), qu’à une autre date encore de malentendu, le 26 juin 1960…

C’est encore l’Etranger intime qui nous rappelle à notre devoir de mémoire, sinon de fierté : « Demain, vous serez de nouveau un Etat, comme vous l’étiez, quand ce palais de vos rois, là-haut, était habité par eux » déclama le général de Gaulle, le 22 août 1958, depuis Mahamasina où il s’adressa à Manjakamiadana. Et son futur Premier Ministre, Michel Debré, devant l’assemblée générale du Conseil d’Etat, le 27 août 1958, de distinguer, au sein de l’Union française, « la grande île de Madagascar qui fut un Etat et forme un ensemble où, malgré les différences intérieures, on peut, d’ores et déjà considérer qu’une sorte d’unité es réalisée ».

Gilbert Ahnee nous parle de Mangeclous, « le compliquer procès » ; comment, en effet, se résigner, simplement, à la subversion délibérée qui voudrait faire de la date de l’indépendance octroyée l’an zéro de Madagascar alors qu’au 1çème siècle, le Royaume de Madagascar était reconnu par le Royaume-Uni (23 octobre 1817), et, depuis 1883, par les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie et la Norvège ? Cette litanie de dates, de mois et d’années, n’est pas fortuite, puisque les symboles modernes se greffent sur les anniversaires et les commémorations : alors, 23 octobre, 29 mars, 14 octobre ou 26 juin ?

L’étranger intime

Le Malgache est un insulaire qui guette son image dans le regard de l’Autre. Mais, cet Autre est « l’Etranger intime » de chez Paul Ottino. Christian de chadefaux, Jean-Pierre Dominicheni, Sylvain Urfer, Gilbert Ahnee, selon l’ordre de leur arrivée à Madagascar, cumulent  150 ans de présence à Madagascar. Il était donc intéressant de nous mirer dans cet œil à la fois neuf et tellement familier, volontairement distant comme volontiers intime, marqué durablement par « l’ombre de Madagascar », ainsi que raconte Jean-Pierre Dominicheni à propos de Jean Paulhan. Le rapport du Malgache à cet « Etranger intime » est proche du syndrome dit de Stockholm, quand les prisonniers sympathisent avec leurs ravisseurs. Seulement, qui a empoisonné qui, et lequel s’est laissé prendre au charme de l’Autre ?

Cette ambiguïté explique la prudence de Gilbert Ahnee (« Intuition d’apprenti-sorciers ») ou l’indignation de Christian Chadefaux (« quelle prétention à vouloir penser pour les autres ») qui n’en écrit pas moins « mon pays », certes entre guillemets, mais toujours sur la monde du « sympathie et remords » qu’aurait également vécu un ancien de Madagascar, Charles Renel, directeur de l’Enseignement pendant dix-neuf ans. En face, j’allais dire vis-à-vis, le Malgache, en insulaire, hésite entre nombrilisme, la sur évaluation de lui même dans ce que Solofo Randrianja qualifie de « utopies mobilisatrices basées sur l’efficacité présumée de l’autochtonie » et déni de soi.

Les « tigres » d’Asie auraient voulu conceptualiser cette hypervalorisation de soi par la glorification des « asian Values » et la proclamation d’une asianité spécifique irréductible, cependant « plus inventée que révélée » reproche Solofo Randrianja.

A Madagascar, on a assisté au processus inverse dont Ranavalona 1ère (1828-1861) est la victime-symbole : cette souveraine, confrontée aux premiers symptômes de l’acculturation par le christianisme de mesures conservatoires. Plutôt que de reconnaître comme la fondatrice du nationalisme malgache face à l’intrus, la littérature populaire s’est complu à la qualifier de reine sanguinaire. Le cas malgache serait proprement pathologique quand on réalise que la toute-première manifestation de rue organisée à Antananarivo, celle du 19 mai 1929, avait été organisée pour revendiquer une accession massive à la nationalité française. Peut-on déduire de ce reniement, de cette sous-estimation de soi-même, de cette péjoration de ses propres réalisations (cf « Vita Gasy »), l’appétence pour l’assistanat envers l’aide au développement ?

Raymond Ranjeva, jugeant la stratégie de l’administration coloniale, parle d’une entreprise de « subversion », « d’intoxication », de « diabolisation » du gouvernement d’Antananarivo aux yeux du reste de Madagascar. Cette « action aliénante » aura donc, réussi, tellement réussi que notre inconscient se l’est approprié. Soupçon réciproque et méfiance mutuelle en vinrent à corrompre les relations entre Malgaches, malgré une unité insulaire, linguistique et culturelle, tandis que les réalisations proprement nationales furent péjorées à nos propres yeux.

Progressivement s’imposa l’idée d’une solution nécessairement d’importation. Quitte à être moqués par les exportateurs de modèle : « L’Etat a bien été exporté en Afrique, mais…il a été patrimonialisé » (J .F. Médard cité par Solofo Randrianja). Pourtant, si la conception qu’a Amartya Sen de la démocratie, « gouvernement par la discussion », qui suppose l’idée de pluralité des formes de la démocratie sans renier le caractère universel de ses valeurs fondamentales, est recevable, la démarche pourrait être étendue à d’autres définitions. Le PCIA (Peace and conflict Impact Assesment) s’interdit, justement, d’imposer l’idée même d’une norme idéale à laquelle il ne resterait plus qu’à adhérer : transposition de gadgets politiques médiatiquement séduisants (Raymond Ranjeva), vision idéaliste de la construction de la nation et de l’Etat européen comme modèle pour Madagascar (PCIA), pourtant si la culture est ce qu’on trouve en naissant : »Les dirigeants devraient renouer avec elle et cesser de renier, c’est-à-dire de renier » (Lolona Razafindralambo).

La modélisation

Le PCIA cherche à canaliser les ressources et optimiser le potentiel en suggérant, dans une démarche participative qui ne se veut ni évaluation, ni bilan, ni audit. Il est des indicateurs qui veulent donner une évaluation scientifique des faits sociaux et politiques. C’est le critère pnudien des six paramètres :

  1. Un système de représentation, avec des partis politiques et des groupes de défense d’intérêts qui soient opérationnels ;
  2. Un système électoral garantissant des élections libres et non entachées d’irrégularités, ainsi que le suffrage universel ;
  3. Un système d’équilibre reposant sur la séparation des pouvoirs, avec une branche judiciaire et une branche législative indépendantes ;
  4. Une société civile active, à même de contrôler les actions du gouvernement et des entreprises privées, et de proposer des modes différents de participation politique ;
  5. Des médias libres et indépendants ;
  6. Un contrôle effectif des civils sur l’armée et les autres forces de sécurité.

Même si les sciences sociales se refusent à avoir une capacité scientifique de prédiction des phénomènes sociaux, le RSTP (radar de suivi de tension politique) que conçut Erick Rabemananoro apporte une aide utile dans l’anticipation d’une crise politique sur la base de certaines symptômes annonciateurs de crise politique : quand le chef de l’Etat domine, monopolise et verrouille outrageusement la scène politique et les mécanismes parlementaires ; quand apparaît un leader qui cristallise le mécontentement et capable de tenir la place du 13 mai ; quand, de surcroît, des lignes de fracture apparaissent au sein des forces armées, que le FFKM (conseil chrétien des églises à Madagascar) perd de sa crédibilité, et que la société civile pointe sévèrement les abus e t dysfonctionnements.

Conclusions provisoires

Vanf 4

« Malgache qui es-tu ? » ne cessa-t-on jamais de s’interroger. Comme les origines de notre peuplement, cette identité serait une autre « plus belle énigme du monde ». Ces Malgaches venus de tous les horizons de l’Océan Indien ont eu plus que le vouloir vivre ensemble. Paul Rabary, à leur propos, parle de « hargne » à vivre ensemble, malgré les différences : communiquer, se comprendre, se respecter. Et découvrir la solidarité : « Des hauteurs de Faravohitra, dispose-t-on du recul pour appréhender, au-delà d’Isoraka, le grouillement d’Isotry ? » (Gilbert Ahnee)

Christian Chadefaux, qui dénonce vigoureusement les « Erreurs  et brutalités coloniales », tempèrera cependant : « La refondation politique, ne doit pas nécessairement remettre en cause les relations économiques et culturelles de Madagascar avec la France, elle doit simplement convaincre les Malgaches et la France – que désormais la souveraineté et l’indépendance du pays sont redevenues ce qu’elles étaient avant la colonisation ». De son côté, dans le dialogue malgacho-malgache, Raymond Ranjeva préconise un « langage de vérité historique ». Mais un dialogue qui se tiendrait entre quels acteurs de bonne foi et de bonne volonté : « en appeler à la conscience historique des anciens chefs d’Etat » (Raymond Ranjeva) ; « Excellence et mérite ne semblent pas caractériser les dirigeants et ceux qui leur sont liés. Ils ont oublié les valeurs universelles de la vertu politique et du travail. Ils ne sont pas en mesure de conduire vers le développement » (Lolona Razafindralambo) ; « Une classe politique dépourvue de projet de société et de notion du bien commun » (Sylvain Urfer) ; « Une société à deux vitesses, l’une ancrée dans la modernité, l’autre engluée dans l’analphabétisme » (Paul Rabary) ; « Leur incapacité à tous faire des concessions (Gilbert Ahnee). Faisant un clin d’œil à l’intuition du Japon du pasteur Ravelojaona, à l’articulation des 19ème et 20ème siècles, Solofo Randrianja nous invite à méditer le cas taïwanais ou le modèle indien. Tout en pointant du doigt la quasi-inexistence de « travaux dédiés à la philosophie politique ou à la production d’une doctrine d’Etat (et non de régime) » menés par les Malgaches sur Madagascar alors que le miracle taïwanais pourrait s’expliquer par les contributions intellectuelles de fils du pays nourris de conficuanisme (cf. la bibliographie de Doh C. Shin, Confucianism and democratization in East Asia, 2011).

Tandis qu’il serait presque « naturel » de brocarder la tradition de « subalternité », Taïwan offre l’exemple de ce qu’on pourrait appeler « cooptation vertueuse », quand le réseau des entreprises familiales, à direction familiale et à transmission dynastique, avec tout de même une stratégie de légitimation, qui passe par le diplôme universitaire et l’apparente humilité d’une promotion par le palier au sein de l’entreprise, a servi de socle au « miracle » économique taïwanais.

En acteur politique, Jean-Théodore Ranjivason propose des mesures « opérationnelles » ; une loi sur le financement des partis politiques et la révision de l’agenda électoral, allant de la proximité vers le national. On frémit rétrospectivement en entendant cet ancien ministre témoigner qu’il n’y eut jamais de cohésion gouvernementale.

« Nous serons Malgaches ou nous ne serons pas », décrète Lolona Razafindralambo. En définitive, qui l’emportera, de la catastrophe dont les symptômes sont annoncés par le PCIA, ou de l’utopie du jésuite Urfer, qui se dédie à « l’option préférentielle pour les pauvres », populations rurales vulnérables, enfants malnutris, mères chefs de famille du lumpen prolétariat urbain (Banque mondiale) ? Et ce, malgré, notre « christianisme sans compassion » (Gilbert Ahnee) ?

C’est encore dans les principes de l’éducation jésuite que l’on retrouve ce credo : « découvrir la joie d’apprendre et le soif d’une connaissance toujours plus grande et profonde ». Et si là, dans l’éducation, était à la fois le problème et déjà la solution ? N’est-ce pas à l’école qu’on gagne la bataille contre l’ignorance, la violence, l’obscurantisme, s’étrangle Gilbert Ahnee devant ce qu’il appelle l’effondrement du système éducatif.

Education à la culture du droit, éducation pour la production d’une philosophie politique et d’une doctrine d’Etat, éducation qui dégage la part d’élite indispensable à toute société. L’éducation change le monde, quelqu’un avait dit.

Tiré de “Nota Bene” de Nasolo-Valiavo Andriamihaja (VANF)

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