10 questions pour le Professeur Raymond RANJEVA

10 questions pour le Professeur Ranjeva :

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1. Existe-t-il à Madagascar, un vide juridique dans le contexte actuel?

Dire qu’il y a un vide juridique c’est méconnaître le Droit. Actuellement à Madagascar, il n’y a pas de vide juridique mais un vide institutionnel. « Vide juridique » est le terme employé par ceux qui veulent utiliser le droit, le système et la règle de droit pour satisfaire leurs besoins et atteindre leurs objectifs : comment obtenir la légitimation de leur coup d’état que le Droit et les Malagasy réprouvent. Pour eux, la préoccupation principale est de manipuler et triturer le Droit pour justifier leurs souhaits politiques. Pour un juriste, qui a une saine approche du Droit, on a affaire à un vide institutionnel.

2. Suite au refus de quelques personnalités de démissionner, comment expliquer cette situation confuse. La loi prévoit-elle dans ce cas précis une situation d’incertitude?

Il n’y a pas de situation d’incertitude : la HAT, le PHAT, le gouvernement sont des institutions de fait, un pouvoir de facto, sans légitimité en droit. Cette opinion n’est plus discutée actuellement. La situation est confuse car les autorités qui affirment exercer le pouvoir n’ont aucune emprise sur la réalité qu’elles sont censées diriger. En raison de l’incapacité des dirigeants, et du rejet silencieux des citoyens, le pouvoir de facto se réfugie dans un monde virtuel : celui du magique et du religieux ; il préfère ainsi les incantations au traitement politique des problèmes.

3. Dans cette situation d’Etat de non droit, quel sera le dernier recours pour éviter un éventuel chaos?

Un ressaisissement citoyen général pour briser le sentiment d’impuissance et d’isolement, face à l’enlisement de la situation, reste le recours. C’est l’appel au peuple citoyen pour reprendre une image gaullienne dans l’appel du 18 juin.

4. Ces derniers temps, il existe des rumeurs sur une éventuelle prise de pouvoir par les militaires. Quel sera la position de la communauté internationale fortement impliquée dans la recherche de solution de sortie de crise si le cas se réalise?

Pour ma part, et ceci n’engage que moi, je ne pense pas qu’une prise de pouvoirs par des militaires soit appréciée par la communauté internationale comme par les citoyens malagasy. La raison est simple : la prise de pouvoir par la force déclenche le cycle infernal du coup d’état et de la revanche de ceux qui en sont exclus. Nous ne sommes plus en 1972 où on avait affaire à une armée nationale commandée par des officiers généraux et supérieurs de grande classe et qui avaient une pensée d’Etat pour Madagascar.

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5. La communauté fait mention ces derniers temps de ce qu’elle appelle « sanctions ciblées ». Quel en est le sens réel pour le cas propre de ce contexte actuel?

La notion de sanction ciblée a essentiellement un sens comminatoire et dissuasif pour réduire les récalcitrants. Dans le contexte actuel, seules les autorités, qui ont le pouvoir de sanction, peuvent en définir le contenu. En raison de l’importance des crimes à caractère économique : corruption, trafic en tous genres, blanchiment d’argent, biens et fortunes mal acquis etc…, les sanctions frapperont directement les sanctionnés dans leur patrimoine et leurs richesses. La pratique internationale est sur ce point parfaitement institutionnalisée.

6. Le monde économique vient de publier un communiqué relatant sa décision de suspendre ses relations avec l’administration. Selon le politicien RANJEVA, quelles conséquences peut-on attendre à très court terme de cette décision?

Permettez-moi de préciser que je ne suis pas un politicien. Je prétends être un spécialiste de science politique. En 1972, lorsque la crise de régime a atteint le seuil de tolérance, le secteur économique a pris la décision de rompre les relations avec le Pouvoir d’alors. Les plus anciens se souviendront alors de la marche des employés d’EEM en tête du cortège, le casque de chantier vissé sur la tête. Les uns et les autres en étaient surpris. En termes politiques, c’est la grève civile qui est mise en route ; les institutions et autorités actuelles ne sont plus considérées comme capables de sortir la Nation de la situation actuelle. La prise de position est une sanction pure et simple de l’ineffectivité du pouvoir et des institutions ; elle remet en cause le semblant d’autorité dont la transition actuelle et ses soutiens se prévalaient jusqu’ici. La grève des impôts risque d’être la manifestation première de ce rejet et n’oublions pas que toutes les chutes de régime politique ont démarré avec des problèmes de finances publiques.

7. Quand on parle du Professeur Ranjeva, c’est la TPI et la crise en Afrique CIJ. Pourquoi ne joue-t-il pas un rôle de premier plan pour résoudre cette crise trop ressentie par la Nation Malagasy? Le public peut-il connaitre l’ambition politique du Professeur Ranjeva?

L’intervention sur la scène politique est d’abord un jeu de massacre ; dans nos pays, la politique relève de la comédie du pouvoir. Vouloir faire du politique et non de la politique politicienne, c’est-à-dire amener les citoyens à avoir une attitude critique et réflexive devant les problèmes de politique et de société, c’est de la subversion, une atteinte à la sûreté de l’Etat et je sais de quoi je parle ! Nous sommes en plein dans une société de spectacles et de jouissance immédiate, où il n’y a plus de place pour un enracinement dans l’histoire et la culture, ni pour une projection dans l’avenir. Il y a eu un coup d’état pour prendre le pouvoir peut-être mais surtout pour avoir les avantages liés au pouvoir au profit d’une petite minorité. Et les Malagasy, fatigués, paupérisés se sont comportés comme des spectateurs d’un jeu, et ils ont laissé faire ! Les esprits dits forts ont traité de divagations d’intellectuels les messages d’alerte qui, aujourd’hui hélas, sont confirmés dans la réalité. Le mal est tellement profond qu’il faut sortir le Pays par le haut, et non par des combinaisons politiciennes, ni par la réhabilitation d’une économie néo-coloniale de spéculation. Tel est l’objet de l’offre de service que j’ai effectuée voici trois années…Mais dire que je veux le pouvoir pour faire comme les autres n’a aucun sens !

8. Selon vous, dans cette situation de dérive, quels seront les solutions qui conviennent le plus?

Il importe que ceux qui gravitent autour et vivent de la transition comprennent que c’est la fin de leur pouvoir et de leur système. Avant qu’il ne soit trop tard, car la révolte est maintenant générale, la sagesse politique leur dicte de ne pas bloquer, pour des raisons d’égoïsme personnel ou d’aveuglement, l’avènement d’un nouveau pouvoir. Les résolutions adoptées à l’issue du conclave initié par le FFKM, compte tenu de l’expérience malagasy, de la représentativité politique des participants invités par le FFKM et de la légitimité des débats, constituent les bases les plus solides d’un nouveau pouvoir. Celui-ci devra être neutre et soucieux de l’intérêt national afin d’assurer la consolidation du processus démocratique.

9. Les relations entre Madagascar et la communauté internationale (empirent) se détériorent (de plus en plus). Quelles en sont les conséquences?

Ce sont les relations de la communauté internationale avec les institutions de l’actuelle transition qui (empirent) se détériorent. La communauté est prise dans son propre jeu en ayant fait confiance aux institutions de la transition actuelle ! Mais je ne pense pas que la confiance à l’égard des Malagasy en soit affectée. Les manifestants qui ont fait une démonstration devant les représentations diplomatiques ont été dépêchés par des personnes et groupes identifiés ; ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la Nation. Ceci étant, les Malagasy ne veulent pas perdre le respect pour l’étranger et par l’étranger.

10. Vous êtes l’un de ceux qui soutiennent farouchement la recherche des solutions de sortie de crise par le truchement du Fampihavanana FFKM et du sommet à quatre. Existe-t-il encore une chance d’aboutir à ce processus ?

C’est l’objet d’une des conclusions d’Ivato. Les débats ont montré l’accord général sur ce point ainsi que le doute sur les chances de solution sans sommet. Par ailleurs, les participants étaient conscients des difficultés tout en identifiant les véritables foyers et auteurs de blocage. Veut-on ou non mettre un terme à notre crise ?

 

La Rédaction.

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